Comprendre le burn-out parental : bien plus qu'une simple fatigue
Les chiffres clés de l'épuisement des parents
Crédit photo : Istock ArtistGNDphotography
L’on entend dire qu’être parent est merveilleux, qu’avoir un enfant est un cadeau,
que le jour de la naissance de son enfant est le plus beau jour de sa vie, avoir une femme enceinte dans son entourage est signe de réjouissance…
Et pourtant… …les recherches sur le bonheur d’être parent sont divergentes
- Certaines personnes disent que cela donne du sens à la vie et favorise les relations sociales
- D’autres disent que les couples sont moins heureux qu’avant la naissance des enfants.
Ainsi pour une des études :
sur 2000 personnes qui ont noté leur bonheur sur une échelle de 0 à 10 un an avant la naissance de leur premier enfant et un an après, 70% se disaient moins heureuses :
du fait du manque de sommeil, du stress, d’un sentiment de perte de liberté et de contrôle sur leur vie.
Ces points sont ceux qui conduisent entre autres au burn out parental
Une autre étude liste ce que des parents ont préféré comme activité la veille…
…LE FAIT DE S’OCCUPER DES ENFANTS ARRIVE…en 17ème position !
des parents seraient concernés par le Burn out Parental
en risque élevé, en grande majorité des mères mais pas seulement(1).
Le burn-out parental n’est pas qu’une fatigue passagère… C’est une détresse qui touche de plus en plus de parents.”
5% des parents seraient concernés par le Burn out Parental et 8% en risque élevé, en grande majorité des mères mais pas seulement (1).
Étymologie et définition du "burn-out"
BURN = BRULER
OUT = DEHORS
Comment savoir si on est en burn-out ? Les signes qui ne trompent pas
Selon Denis Brieuc, médecin généraliste et fondateur de l’école PRH en Belgique - de qui je me suis inspirée pour écrire cet article - le Burn Out parental se définit comme un état d’épuisement physique et psychologique - il faut les 2 composantes - lié à un stress chronique.
Un stress chronique : c’est-à-dire qu’il est là depuis au moins 6 mois.
Ce n’est pas un coup de fatigue.
Ce n’est pas, je prends une semaine de repos, et je vais récupérer.
Je n’ai plus de jus, je suis complètement à plat. Je suis complètement vidé."
Les 3 dimensions de l'épuisement selon Violaine Guéritault
Violaine Guéritault, docteur en psychologie, a créé le concept de burn-out parental.
Elle est l’auteur de La fatigue émotionnelle et physique des mères, Odile Jacob, Janvier 2008
Dans son doctorat, V. Guéritault s’appuyait sur les travaux de Christina Maslach qui a étudié scientifiquement le burn out (1ère édition de son livre : 1997). Christina Maslach est une psychologue et chercheuse américaine spécialisée dans l’étude du stress et de l’épuisement au travail. Elle est l’auteure du « Maslach Burnout Inventory », outil le plus utilisé pour mesurer le burn-out professionnel.
La fatigue émotionnelle et physique des mères, Edition Odile Jacob, Janvier 2008
- L’épuisement émotionnel et/ou physique : nous puisons dans nos ressources comme une voiture dans son réservoir d’essence, et si nous ne pouvons le remplir, il y a un moment où la voiture s’arrête. Ce qui consomme notre énergie, ce sont les stresseurs, les situations de stress. Quand notre réservoir est vide, la simple idée de devoir affronter une journée devient insurmontable.
- La dépersonnalisation/distanciation émotionnelle : après l’épuisement, la seule façon de continuer à fonctionner est de réduire au maximum l’investissement émotionnel, qui prend beaucoup d’énergie. On coupe tout attachement émotionnel pour juste laisser le corps faire son travail, comme un robot. On ne ressent plus rien, tout nous semble indifférent.
- Le reniement des accomplissements passés, présents et futurs : à ce stade, on ressent l’écart entre le parent idéal qu’on aurait aimé être et ce que l’on est devenu, et on se dit « : Je suis une mauvaise mère, je ne vaux rien, je n’y arriverai jamais, je fais du tort à mes enfants. ». On devient très toxique pour soi-même.
Besoin d'aide pour sortir la tête de l'eau ?
Les 4 dimensions d’Isabelle Roskam et Moira Mikolajczak
Le burn out parental, l’éviter, s’en sortir Edition Odile Jacob, 2017
- L’épuisement physique et/ou émotionnel
- La saturation et la perte de plaisir dans son rôle de parent : il a un sentiment de “trop-plein”, un sentiment “d’overdose à l’idée de ce qu’il faudra faire avec ou pour les enfants”
- La distanciation affective avec les enfants
- Le contraste
Pourquoi en arrive-t-on là ? Causes et stresseurs
Le poids du quotidien et le manque de soutien
Les “stresseurs” liés à la parentalité sont nombreux
- pleurs du bébé,
- incertitudes sur ses besoins,
- besoins alimentation, sommeil,
- maladie, handicap
- accident,
- harcèlement,
- résultats scolaires,
- émotions, crises de rage,
- questions de pose de limites respectueuses,
- avenir,
- son métier,
- ses relations…
Le sentiment d'impuissance et de culpabilité
Quelques exemples de stresseurs :
- La séparation des parents
- L’arrivée de nouveaux enfants.
- Les enfants peuvent avoir des soucis de santé.
- ils peuvent avoir des soucis à l’école. Cela génère des tensions du
- décrochage scolaire, de l’inquiétude chez les parents.
- On peut avoir des soucis dans la relation de couple, on peut ne pas être sur la même longueur d’ondes, car on ne gère pas le stress et ces tensions de la même façon
- On peut avoir des soucis avec ses parents
ex. : la grand-mère s’est cassé le col du fémur, maison de repos, Ephad, il va falloir vendre la maison : cela génère un surplus de tension, de stress.
Faire face aux stresseurs est permanent, surtout quand les enfants sont en bas âge. Le manque de sommeil est critique.
Surcharge de travail
- Manque de pauses
- Charges exccessives
- Poids des responsabilités
- Les contraintes de temps
- Aspect répétifif des tâches
- Des tâches complexes…
"On doit faire face à des demandes qui viennent de tous les fronts."
"Je suis toujours en train de retenir ma respiration.”
"Un métier où l’on est toujours “de garde”."
On se sent parfois dépassé(e)s et démuni(e)s.
Manque de soutien
- Aide insuffisantes
- Ressources limitées
- Absence de formation pratique
- Pas de mode d’emploi
Le manque de soutien est source de frustration, colère et ressentiment…qui conduisent aux disputes et conflits
Manque de reconnaissance
- Pas ou peu de feedback positif
- Absence de récompense
- Pas de rémunération
- Pas assez de valorisation, d’appréciation : tout ce qui est fait est considéré comme “normal”
“Je suis transparente.”
Je fais quoi comme métier ? “Rien, je suis mère au foyer.”
“Je donne sans compter et personne ne s’en aperçoit”.
Manque de contrôle
- Changements imprévisibles
- Décisions imposées
- Sentiment d’impuissance
“Si je devais faire une liste des choses qui m’angoissent tout particulièrement, je placerais sûrement en tête de cette liste le fait d’être constamment interrompue quand j’essaie de faire quelque chose” Véronique
Tout cela fait que notre réservoir se vide et nous conduit à l’épuisement.
Le burnout survient quand la somme des stresseurs dépasse la somme des joies et l’énergie, les capacités d’y répondre et d’adaptation du parent/ou du couple.
Le fait d’aimer ses enfants multiplie le problème par 100 du burn out et
est très difficile à vivre.
On se sent coupable, on a honte.
On en vient à se demander si on aime plus nos enfants.
On en parle pas, on a peur d’être jugé.
Or, on ne peut se mettre en off de ses enfants comme en arrêt de travail !
On arrive à ne plus supporter cette charge et pourtant, ils peuvent être une source pour se regénérer.
Reprenez votre souffle dès aujourd'hui !
Un regard sur notre société moderne
Les changements sociétaux ont révolutionné notre mode de vie familial :
- Les parents sont loin de leurs familles, il n’y a plus “tout un village pour élever l’enfant” ni pour montrer le chemin : ex. :allaitement
- Les désirs des enfants sont plus nombreux à cause de la société de consommation / les écrans génèrent de la comparaison
- Le choix de chaque élément de l’éducation est complexifié (il n’y a qu’à regarder le nombre de boites de lait, de biberons, de poussettes, etc.! )
- L’accès à l’information est anxiogène, à contrôler (guerre, pollution de l’eau, des aliments, etc.
- La période de l’adolescence est récente : avant passage de l’enfance à l’âge adulte
- Les enfants vont à l’école (fait récent dans l’histoire)
- Les femmes travaillent - les 2 parents travaillent la plupart du temps
- Nous avons de nombreux objets dont il faut s’occuper !
- Les familles sont recomposées, parents solos, Nous connaissons plusieurs couples dans une vie, ce qui apporte de la complexité !
- Une répartition des tâches inégale
- Tout va plus vite, est plus complexe
- Les transports nous prennent du tempsLa voiture est un risque sur la voie publique et un stresseur ++pour les parents
- L’administratif et la technologie ont pris une part considérable dans notre vie…mails à ouvrir, groupes WhatsApp, impôts à payer à temps …etc.
- L’accouchement et la grossesse sont médicalisées ce qui génère de l’inquiétude
- Nous exercons plusieurs métiers dans une vie ce qui génère de l’inquiétude pour l’avenir de nos enfants et leur capacité à s’adapter
- Nous pouvons voyager, partir en vacances…encore faut-il en avoir les moyens et avoir le temps des les organiser pour notre tribu ! ce qui peut générer des sentiments de culpabilité, honte et frustrations
- etc…
Comment fonctionnait notre cerveau à l’origine de l’humanité et aujourd’hui ?
Or, à votre avis, notre cerveau est-il câblé pour gérer tout cela ?
A l’origine de l’humanité, l’homme effectuait des tâches simples. Or il a gardé le même cerveau qu’il avait il y a des millions d’années de cela, donc il n’est pas fait pour gérer la vie d’aujourd’hui avec autant de tâches !
De surcroit, le cervau archaique qui est programmé pour notre survie passe sa journée à détecter un danger…ce qui produit du stress !
Pour conclure
Le burn-out n'est pas une fatalité individuelle, mais souvent la réponse d'un cerveau saturé par un monde qui va trop vite. Comprendre la source du problème est le premier pas pour déculpabiliser. Mais comment savoir si vous avez déjà franchi la ligne rouge ? Dans mon prochain article, nous identifierons ensemble les signaux d'alerte à ne pas ignorer.
Sources de l'article
Je suis Maud Alejandro, coach en parentalité, j'anime des conférences, notamment sur le burn-out parental, accueille les parents en séance individuelle. Je forme et sensibilise des professionnel.le.s sur des sujets d’éducation/parentalité - 50 structures accompagnées depuis 2016.


